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14 août 2017

Boutin and Girard solid, Steven Dubois impressive.

Text: Carl Savard
Photos: Carl Savard

Even though the day started with the announcement that Canada's top skater Marianne St-Gelais would not take part in the competition after a fall during practice on Friday brought her concussion symptoms, the show did not suffer from her absence on this first weekend of the 2018 Canadian short track team trials. This event used to select the skaters who will represent the country at next winter's Olympics in Pyeongchang is off to a flying start. The olympic dream is what fuels those thirty-two athletes and the tension is palpable at the Maurice-Richard arena.

Saturday

On the men's side of the competition, Charles Hamelin, Samuel Girard, François Hamelin, Pascal Dion, Maxime Laoun and Steven Dubois were facing off in the A final of the first 1500m after hard fought semis. A move from François Hamelin causing him to fall alongside Laoun and Dubois forced the stoppage of the race. After a few minutes, the race was restarted without Hamelin, penalised for his move. Steven Dubois didn't have the opportunity to shine on the second wave of this race, bothered by a knee injury caused by the three men fall. With just a few laps to go, simultaneous reactions from Dion and Girard resulted in Samuel Girard, Charles Hamelin and Pascal Dion finishing in the top three positions. Because of a disqualification, 2017 canadian champion Charle Cournoyer finishes the distance sixteenth.

On 500m, the best race on the men's side was definitely the B final with François Hamelin, Guillaume Bastille, William Preudhomme and Samuel Bélanger-Marceau battling it out for fifth position points. Hamelin got the best of his rivals. In the A final, Samuel Girard, Charles Hamelin, Charle Cournoyer and Steven Dubois made sure to protect their points instead of having a fight in a race without any pass.

On the women's side, that first day of competition was a copy and paste on both distances with Kim Boutin, Jamie McDonald, Kasandra Bradette and Valérie Maltais finishing in that order on 1500m and 500m. In Marianne St-Gelais's absence, all eyes were on those four women and they sure delivered a good dose of action. On the poll conducted on our website last week, the fans placed those four women and St-Gelais as their favourite to represent Canada in Pyeongchang next winter. So far, no real surprises but we are not yet halfway through the competition.

Sunday

A lot of action on the men's side on 1000m even though after all was said and done, Samuel Girard finished in first place again. Charle Cournoyer and Charles Hamelin finished in second and third place. François Hamelin finished fourth after having a bumpy ride all the way up to the A final. Sasha Fathoullin finished in fifth place of this race, a much better results for the young skater who had a tough day Saturday.

On the second 1500m of the competition, all eyes were on Samuel Girard. Would he be able to win this second 1500m of the competition and assure himself of first place on the distance without even racing the third one next Saturday? Girard raced well, but veteran Charles Hamelin won his first distance of the competition. Steven Dubois's race was impressive and he was able to finish third. Even though he was disqualified on 1000m earlier that day, Dubois ends this first weekend with three A final. Here are his impressions after an amazing weekend.


On the women's side, Kim Boutin also went three for three winning the distance in front of Valérie Maltais and Jamie McDonald. Young skater Alyson Charles ends the race in fourth place. Kasandra Bradette who finished third on both distances yesterday, ends her first 1000m of the competition at the seventh spot, finishing third of the B final in a race won by Audrey Phaneuf.

On 1500m, the race was battled by eight skaters following a penalty to Kasandra Bradette in her semi-final resulting in the advancements of Jamie Macdonald and Courtney Shmyr. Like Samuel Girard, Boutin was not able to end her weekend with a perfect record finishing second in front of Macdonald and behind Valerie Maltais who got her first win of this important competition.

Skaters will be back in action Wednesday night with the second 500m of these selections.

11 août 2017

Les yeux rivés sur les Sélections olympiques


Marianne 3.jpg
Les Sélections olympiques en vue des Jeux de Pyeongchang se dérouleront dès demain à l'aréna Maurice-Richard.

Par Jackob Savard
Photos: Tony Chung (@SHORTTRACKHD)

Cinq précieuses places sur l’équipe olympique féminine et masculine seront disputées lors de cette féroce compétition. À moins d’un énorme revirement de situation, les leaders de l’équipe canadienne Marianne St-Gelais et Charles Hamelin seront de retour pour leurs troisième et quatrième jeux respectivement. La vice-championne du monde est tout simplement dominante au niveau national et international depuis plusieurs années et sa saison 2016-2017 n’a pas fait exception. Elle est presque intouchable au niveau canadien. Rappelons-nous que seule Kim Boutin avait réussi à la battre sur une distance aux Championnats canadiens 2017. (vous pouvez visionner la course ici ).

charles copie.jpgMême si la saison dernière a été plutôt difficile pour Hamelin, il a su faire preuve de caractère et obtenir de bons résultats dans la deuxième partie de la saison. Le quadruple médaillé olympique avait offert une bonne performance aux Championnats canadiens qui lui avait valu une troisième position malgré une disqualification sur 1500m.

Lutte intéressante chez les femmes


kim.jpgPlusieurs femmes peuvent convoiter une des cinq places pour les Jeux de Pyeongchang. La Sherbrookoise Kim Boutin qui a très bien performé la saison dernière sera définitivement de toutes les batailles et fait partie de nos favorites pour intégrer l’équipe olympique. L’expérimentée Valérie Maltais qui a pris part aux Jeux de Vancouver et de Sochi et qui a contribué à la médaille au relais 3000m en 2014 sera elle aussi parmi celles qui joueront gros pour accéder à l’équipe. Kasandra Bradette, Jamie Macdonald, Namasthée Harris-Gauthier et Camille Rainville auront également leur mot à dire lors de ces sélections.


charle.jpgTableau très ouvert du côté des hommes


Même si les places de Charles Hamelin, Samuel Girard et Charle Cournoyer semblent assurées, la compétition chez les hommes est extrêmement serrée et rien n’est encore joué. Est-ce que le patineur de Pointe-aux-Trembles Pascal Dion saura faire sa place comme il l’a si bien fait l’an dernier? Il n’a pas peur de défier les vétérans et il avait d’ailleurs passé très près de remporter le 500m aux Championnats canadiens la saison dernière avec un dépassement spectaculaire sur Charles Hamelin qui s’était malheureusement terminé dans les matelas (vous pouvez visionner la course ici).

Ce ne sera pas pour autant une promenade dans le parc pour ces quatre patineurs. L’Ontarien William Preudhomme est très près du quatuor et il sera définitivement à surveiller dès demain. Il ne faut surtout pas négliger les vétérans François Hamelin et Guillaume Bastille qui vont bénéficier de leur expérience au cours de ces sélections. Il sera très intéressant de voir comment Sasha Fathoullin se débrouillera, lui qui n’a pas compétitionné  l’an dernier. Voici d’ailleurs, une entrevue réalisée par Passion/Patin/Vitesse avec ce dernier concernant cette pause: En quête de sens: rencontre avec Sasha Fathoullin.

Chaude lutte en vue

Nous aurons droit à des courses chaudement disputées lors de ces sélections. Ce sera définitivement un spectacle à ne pas manquer. Les dates des compétitions sont les 12, 13, 16, 19 et 20 août à l’aréna Maurice-Richard.

Vous pouvez visiter notre chaîne Youtube ou l’onglet vidéo de notre page Facebook pour voir toutes les finales des Championnats canadiens s
éniors et de la Sélection nationale #2 de la saison 2016-2017 pour vous préparer pour le weekend.



8 août 2017

Tourner en rond


Texte: Catherine Mailloux
Photos: Tony Chung (@SHORTTRACKHD)  et Catherine Mailloux

«Vous faites juste tourner en rond», s’exclama un camarade de classe lors d’une présentation orale que j’avais faite sur le sport que je pratique depuis «l'après-berceau», le patinage de vitesse.

Une promenade dans ma ville natale m’a permis de me remémorer ce moment qui m’avait, à l'époque, blessée. J’allais ici et là dans mon quartier lors du congé pascal, en observant les changements qui ont eu lieu durant mon absence, me laissant porter par ma nature nostalgique qui me pousse vers les lieux où ma mémoire a fait halte il y a des années. J’avais arrêté mon pas devant l’école primaire que j’ai fréquentée plus jeune. L’entrée extérieure avait été rénovée, la garderie reconstruite...  Puis le souvenir de cette présentation orale m’est alors apparu. La remarque «vous faites juste tourner en rond» se promenait dans ma tête. À l’époque, je n’avais su quoi répondre au commentaire gratuit et rempli d’ignorance de mon camarade de classe. Ce qui m’a frappée, dans cette remémoration, c’est qu'aujourd’hui, à 18 ans, j’ai la réponse.  



J’ai grandi avec le patinage de vitesse dans ma vie. Aujourd'hui, je réalise que notre rapport au sport change avec le temps. Enfants, les objectifs sont de développer des relations humaines avec les autres patineurs et les entraîneurs tout en développant des habiletés motrices qui serviront tout au long de notre vie. Bien sûr, ces objectifs sont communs à tous les sports. Cependant, le patinage de vitesse est un sport des plus complexes. Je parlerai au nom de tous les patineurs de vitesse, car je ne suis pas la seule,  ni la première ni la dernière qui ont et qui auront envie de répondre à ces gens qui ont pour seule image du sport celle qui est rarement montrée à la télévision, celle de tourner autour de 14 petits blocs noirs à l’intérieur desquels nous ne devons pas patiner.

Pour nous, patineurs de vitesse, la complexité du sport fait partie de notre quotidien, et en prenant un brin de recul, il est évident que la principale caractéristique du patinage de vitesse, celle de tourner en rond et toujours à gauche, se détache complètement de la vraie complexité des choses auxquelles les patineurs doivent faire face. Pour être honnête, tourner en rond n’est pas quelque chose à laquelle on pense lorsque nous posons le patin sur la glace: c’est inné, c’est naturel, c’est une évidence pour le corps, c’est un besoin du corps. En réalité, avec contrôle nous devons pousser, coordonner, forcer, glisser, penser, maîtriser, courser, anticiper, décider, respirer, compter, s’amuser, …, et oui, il nous arrive même de sourire, tellement cet agrégat de tâches et de sensations est satisfaisant, comblant. Nous défions les lois de la gravité tout en travaillant en symbiose avec elle, tandis que d’autres choisissent de défier les lois judiciaires.


«Je me dis que, si elles n’en étaient pas toutes mortes, c’est que la douleur ne tue pas.¹»

La douleur est une bête féroce qu'on doit affronter de façon quotidienne et plus on lui tient tête, plus on l’apprivoise avec le temps, et plus on apprend à coopérer avec elle. La douleur est souvent diamétralement opposée avec elle-même, c’est-à-dire qu’elle peut nous transbahuter sauvagement vers l’abandon ou nous prendre par la main et nous transporter vers ce lieu qu'on appelle le dépassement de soi. Chez plusieurs personnes, cette manière de travailler avec la douleur n’est pas innée. Au contraire, c’est le résultat d’un long processus de travail sur soi. En effet, la barrière physique et mentale est fine entre arrêter, rongé par la fatigue, et faire une rep de plus, un croisé de plus, un tour de plus. À chaque fois qu'on y parvient, on se rend compte que la douleur est une bête qui ne tue pas.


Il n’y a pas que la douleur physique qui représente un défi, il y a aussi la douleur de performer. Dans un sport comme le patinage de vitesse où l’entraînement s’effectue en groupe mais les compétitions se font individuellement, la comparaison avec l’autre peut rapidement devenir écrasante puisqu'elle peut nous empêcher de voir nos accomplissements personnels. De surcroît, il y a ce qu'il y a de plus important et de plus impressionnant dans l’équipement du patineur de vitesse: la lame. Munie de deux courbures (une sur le dessous et une sur le côté de la lame) bien propres à chaque patineur, la lame nous sert évidemment de surface de contact afin de glisser sur la glace. Les mesures de ces courbures, précises au millimètre près, permettent aux patineurs d’obtenir, entre autres, l’inclinaison typique due à la très haute vitesse. L’inconvénient, c’est que ces mesures varient à notre insu en fonction des chocs, de la tension, de l’aiguisage… Et vous l’aurez deviné, un simple petit changement peut nous faire perdre confiance en patinant. Additionner ceci avec la constante comparaison avec l’autre permet de réaliser qu'il peut être facile de se décourager.

Bref, c’est ce que j’aurais aimé répondre à mon camarade de classe après ma présentation orale il a quelques années. Le patinage de vitesse est un sport hautement complexe qui nécessite une grande connaissance de soi, une discipline hors pair, une concentration à toute épreuve, et j'en passe. Tourner en rond ne suffit pas.
__________________ ¹ HARPMAN Jacqueline, Moi qui n’ai pas connu les hommes, Paris, Le livre de Poche, 1995, p.82

29 juin 2017

Un esprit scientifique dans le corps d’un athlète.


Texte:Carl Savard
Photos: Marc-Antoine Caron, Peter Doucet et Passion/Patin/Vitesse

Patineur de vitesse sur courte piste, recordman du monde au 24h Roller de Montréal, auteur d’un livre sur les techniques et la mécanique du courte piste, fraîchement nommé à titre d'entraîneur chef du Club de patinage de vitesse région Lanaudière (CPVRL), fondateur d’une boutique de vente d'équipements de roller, Bruno Pettersen-Coulombe est un passionné avide de réponses et de solutions. Un esprit scientifique dans le corps d’un athlète.

La glace

Bien que son intérêt pour le patinage pris naissance avec le film D2: Les Mighty Ducks, l’idée de pousser une rondelle vers un but n'éveillait pas les passions chez lui autant que l’idée de filer à vive allure sur la glace. En 1998 alors qu'il regarde les Jeux Olympiques de Nagano à la télévision, le jeune Bruno fait une découverte incroyable: l’existence du patinage de vitesse courte piste. Habitant Varenne à l’époque, il débute sa carrière sur glace au Club de patinage de vitesse de Sainte-Julie. Il se joindra plus tard au club Montréal-Gadbois et atteindra éventuellement le groupe 1 du niveau Élite. Bien qu'il ait pris une pause l’an dernier, il songe à participer à nouveau à des compétitions en courte piste dans le future.

Le bitume

Durant son enfance, Bruno Pettersen-Coulombe patine à roulettes dans l’entrée de la résidence familiale avec des patins récréatifs peu efficaces. Un jour, l’un de ses oncles lui offre des patins avec des roues en uréthanes lui permettant de commencer à lancer des défis à ses amis se déplaçant en vélo. Il commence même à passer les journaux en patins,  sautant les trottoirs, montant les escaliers et évitant les obstacles avec brio.  C’est en 2007 que ce sport estival commence à prendre une plus grande place dans sa vie. Suite à une saison décevante sur glace, Pettersen-Coulombe a besoin de changer d’air. En faisant des recherches sur le Web, il tombe sur des informations concernant le 24H Roller de Montréal. Il décide de s’équiper et commence à rouler de façon plus sérieuse. Il tombe amoureux de l’événement et participe à toutes les éditions du 24H Roller de Montréal à partir de ce moment, mais aucune ne sera plus marquante que l’édition 2014.

Le record du monde

En janvier 2014, Pettersen-Coulombe s’entraîne en courte piste au CRCE. Allant à l’université le soir, s’entraînant tôt le matin et voyant son groupe d’amis patineurs prendre d’autres chemins ou cesser l’entraînement, la motivation est de moins en moins présente pour continuer de pousser sur la glace. Lors d’une soirée bien arrosée entre amis, le jeune homme lance devant tout le monde qu'il va battre le record du monde en solo du 24H Roller Montréal à la fin de l’été. Une semaine plus tard, un ami l’invite à joindre son équipe pour le 24H Roller, mais l'idée de le faire en solo et de battre le record est restée imprégnée dans sa tête. Personne, ne le fera changer d’idée, surtout pas en tentant de lui faire croire qu'il est un peu fou. Il commence alors à élaborer son plan de match et sa préparation et prend goût à être son propre coach, à gérer son horaire et à faire les recherches nécessaires pour s’assurer d’accomplir l’exploit de parcourir le plus de tours possible du Circuit Gilles-Villeneuve à Montréal en 24 heures.
Durant ses mois de préparation, un seul moyen de transport: ses patins à roues alignées. Partout. Tout le temps. En remplacement du vélo, du métro, de l’auto. Vivant des moments plus difficiles dans sa vie, ses entraînements et ce défi énorme qu'il s’est lancé lui permettent un équilibre dont il a grandement besoin. Au jour J, Pettersen-Coulombe prend rapidement de l’avance sur le recordman précédent, Christian Beausoleil, et tente de maintenir le plus longtemps possible un rythme lui permettant de garder cette avance. Après huit heures, tout semble bien allé. Une impression que sans être facile, ce ne sera pas aussi difficile qu'il l'envisageait. Puis, au levé du soleil, il frappe un mur. Tout à coup, le doute s’installe tranquillement et durant le dernier tiers du défi, il commence à se dire qu'il ne battra peut être pas le record. Alors que le moral des gens qui l’appuient est à la hausse et qu'ils commencent de plus en plus à croire en sa réussite, dans la tête de Bruno Pettersen-Coulombe tout commence à se bousculer. Il chute à deux reprises et la deuxième est de trop. Il s’emporte, invoque tous les saints du ciel et a l’impression qu'il ne pourra plus mettre un pied devant l’autre. Un ami arrive à le calmer et l’aide à focaliser sur seulement avancer. Il possède une avance importante sur le record et doit se concentrer seulement sur ne pas abandonner. Le record est toujours à sa portée.
Quelques heures plus tard, il passe la ligne d’arrivée avec 652,32km roulés en vingt-quatre heures, complétant 151 tours du circuit Gilles-Villeneuve. Cinq tours de plus que le record établie l’année précédente par Christian Beausoleil. Dans les minutes suivant son record, il annonce sans hésitation qu'il ne le fera plus jamais. Trois jours plus tard, il est déjà à évaluer comment il aurait pu optimiser sa performance. En ce moment, il ne ferme pas la porte à se relancer dans l’aventure un jour. Il a également d’autres grands défis de roues alignées en tête dont le Athens to Atlanta road skate et le New-York 100K.  

Un livre et une boutique en ligne

En plus d’être passionné par la pratique du patinage de vitesse sur glace et sur le bitume, Bruno Pettersen-Coulombe possède un esprit scientifique et un goût pour les affaires qui l’ont poussé à explorer d’autres avenues reliées à son sport favori. En 2014 il lance le livre Le patinage de vitesse courte piste - Techniques et principes mécaniques et lance une deuxième édition encore plus complète en 2016. À la base, c'est son désir de mieux comprendre son sport qui le pousse à faire des recherches intensives.. Il se questionne beaucoup sur le fait qu'aucun ouvrage n’existe vraiment sur le sujet et remet un peu en question le fait qu'au Canada, l’enseignement du sport qu'il affectionne est principalement basé sur le passage de l’information via les différentes générations d’entraîneurs. Des contradictions entre coachs, des explications données au feeling plutôt que basées sur des faits, un certain manque de rigueur scientifique.  Sa soif de savoir l’incite à pousser ses recherches et il découvre plus d’une soixantaine d’études poussées sur le patinage en provenance d’Europe. Des études dont il n’a jamais entendu parler ici et qu'il souhaite utiliser pour clarifier les techniques et principes mécaniques du patinage de vitesse courte piste. Un ouvrage que je recommande d’ailleurs à tous les fervents du sport ayant besoin de mieux comprendre le courte piste au niveau technique.

Bruno Pettersen-Coulombe a également mis sur pied, il y a quelques année, la boutique en ligne: Optimal Skating ( www.optimalskating.com )  Le désir d’offrir une option supplémentaire québécoise aux adeptes de patinage de vitesse à roues alignées quand vient le temps d'acheter de l'équipement est à l’origine du lancement de cette boutique.

Bien qu'il soit en train de développer un intérêt de plus en plus grandissant pour un autre sport de vitesse où son esprit scientifique pourra s’épanouir, le karting, le patinage de vitesse occupera toujours une place importante dans sa vie.

Pour plus d’informations concernant le livre Le patinage de vitesse courte piste - Technique et principe mécanique , vous pouvez contacter Bruno Pettersen-Coulombe via son site web www.optimalskating.com

1 mars 2017

Quand vitesse rime avec sagesse

Texte: Julie Doyon
Photos:Anika Bédard et André Pouliot



Depuis quelques années, je côtoie de véritables phénomènes sur les patinoires de la région de Québec. Que ce soit sur les interminables droits du 400 mètres de l’anneau de glace Gaétan-Boucher ou les virages serrés du 111 mètres des patinoires intérieures, trois d’entre eux ont particulièrement capté mon attention, du fait que ces mordus de vitesse sur glace ont tous les trois dépassé l’âge vénérable de 65 ans.
Curieuse et, je l’avoue, charmée, j’ai voulu en apprendre davantage sur les particularités que comporte la pratique du patinage de vitesse chez de si augustes athlètes. J’ai donc rencontré Jules Lefebvre, 66 ans, Gaétan Rochette, 69 ans, et Yves Garneau, 75 ans, pour parler de patin et de dépassement de soi, mais aussi pour en connaître un peu plus sur leurs motivations, leur parcours et les défis qu’ils prennent plaisir à relever sans relâche.

Au commencement était le longue piste…

C’est en 2012 que le fougueux Jules Lefebvre s’initie au patinage de vitesse sur longue piste. Son ami cycliste Gilles Champagne, un patineur très impliqué au sein du Club de patinage de vitesse des maîtres de Québec (CPVMQ), lui propose d’essayer le patin comme activité complémentaire au vélo pendant les longs mois de neige. « Le patinage de vitesse, c’était toujours dans ma tête. Dans ma vie, ça m’a toujours intéressé, mais je pensais que c’était inaccessible au grand public », confie-t-il. D’abord relégué au rang d’activité de second ordre, le patinage de vitesse acquiert bientôt une valeur intrinsèque et devient pour lui une discipline à laquelle se consacrer entièrement. Ainsi, Jules est toujours prêt à patiner des longues distances et déplore d’ailleurs que l’épreuve de 50 km ne figure plus au programme du marathon de Québec. 
De son côté, Gaétan Rochette, véritable pionnier du patinage de vitesse à Québec, grimpe sur des longues lames pour la première fois en 1982. Il saute d’abord sur le 400 mètres dans l’intention d’accompagner son fils lors d’entraînements sur l’anneau de glace. Le parcours de Gaétan révèle les premiers balbutiements du patinage de vitesse chez les maîtres dans la capitale. En 1987, Pierre Gagné fonde le Club des maîtres de Québec, où il fait office d’entraîneur. « Pierre Gagné a été mon premier coach. Il m’a dit : "Suis-moi et fais comme moi!" », s’amuse Gaétan, qui s’implique dès lors énormément dans les coulisses du patinage de vitesse, notamment au sein du CPVMQ, de l’IMSSC (regroupement international des maîtres en patinage de vitesse) et du MSI (Série internationale de marathon sur glace), en plus de participer à nombre de compétitions régionales, provinciales, nationales et internationales.
Quant à Yves Garneau, animé d’un esprit de compétition hors du commun, il chausse des patins de vitesse pour la première fois à l’âge de 59 ans. Ce qui l’attire d’abord dans ce sport, c’est la beauté de la glisse et l’élégance du mouvement. Il se rappelle comme si c’était hier sa première expérience sur l’anneau de glace Gaétan-Boucher, un soir d’automne, sous une pluie torrentielle. Malgré tout, c’est le coup de foudre, et Yves ne pourra réprimer l’envie d’acheter des patins clap, quelques jours plus tard. Comptant aujourd’hui 75 médailles à son actif, il affirme être mû par le désir de compétitionner et de vaincre, de se hisser parmi les meilleurs maîtres au monde et de remporter des médailles dans sa catégorie. Son amour des marathons provient également de la sensation de liberté que les vastes étendues de glace naturelle suscitent en lui. 

… Puis vint le courte piste

Pour des patineurs jusque-là tenus à la merci des caprices de Dame Nature sur l’anneau de glace extérieur, l’attrait du courte piste réside d’abord dans la prévisibilité et la constance des conditions d’entraînement. Même lorsque les hivers sont cléments, les conditions peuvent être difficiles sur l’anneau de Sainte-Foy. Si la neige et la pluie peuvent carrément causer la fermeture temporaire de l’ovale, les vents cinglants et les froids cruels peuvent, quant à eux, décourager plus d’un patineur de s’y aventurer. Ainsi, avant de joindre les rangs du Club régional d’entraînement des Mustangs en patinage de vitesse de Québec (CREM-PVQ), un club fondé en 2014 se dédiant principalement au courte piste chez les séniors et les maîtres, nos trois diables se retrouvent une fois par semaine avec d’autres maîtres à l’aréna de Saint-Étienne, sur la rive sud de Québec, pour enfiler des tours à la bonne franquette, sans entraîneur ni plan d’entraînement, et en installant les matelas de protection plutôt rustiquement.
Puis, c’est Yves qui saisit le premier l’occasion de s’entrainer plus sérieusement en courte piste, n’hésitant pas à s’inscrire avec les Mustangs dès la naissance du club. L’année suivante, il enrôle son ami Gaétan, qui est ensuite suivi de Jules, au début de la saison actuelle.
Leur arrivée en courte piste entraîne un lot d’apprentissages inattendus qui enrichissent leur performance et attisent leur passion pour le patinage de vitesse. Ils se heurtent à de nouveaux défis, comme le contrôle de la vitesse, la recherche de stabilité ou l’apprivoisement de leurs craintes. En courte piste, tout se passe très rapidement, l’adrénaline fuse, et beaucoup de patineurs circulent en même temps sur une surface aux dimensions plutôt limitées. Il faut assimiler de nouvelles règles de sécurité, apprendre à gérer un nouvel espace, à faire des relais, à dépasser, à patiner suivant divers tracés, il faut affiner sa technique. Les virages serrés du 111 mètres ne pardonnent guère les écarts de manœuvres.
En peu de temps, ils se rendent compte que les avantages considérables de tous ces apprentissages sont transposables sur longue piste. Pour Gaétan, qui n’avait jamais vraiment bénéficié de l’expertise d’un entraîneur, le courte piste l’amène à améliorer substantiellement sa technique de base : « j’ai appris à patiner avec Pat [Patrick Bélanger, entraîneur-chef au CREM-PVQ]. Ça fait 35 ans que je patine et j’ai appris à patiner cette année! » En outre, nos trois gaillards affectionnent particulièrement l’atmosphère de camaraderie qui règne inévitablement sur la patinoire en courte piste. 

Questions de performance

À ma surprise, tous les trois sont impatients de parler de performance par rapport à l’âge. Gaétan me confie avoir atteint son pic dans la jeune cinquantaine. C’est à ce moment qu’il aura éprouvé le plus de plaisir et d’intensité dans le patinage de vitesse. Jules, lui, se sent comme à vingt ans en regard de ses habiletés et de son attitude face au sport, bien qu’il admette que ses prouesses sportives ont diminué. Cependant, si ses facultés physiques changent, l’effort qu’il fournit demeure constant, et Jules continue de toujours donner le meilleur de lui-même, peu importe ses capacités.
Quant à Yves, ses performances se maintiennent depuis ses débuts jusqu’à maintenant. Selon lui, c’est un peu grâce au courte piste, en partie parce que la saison débute plus tôt. Il admet que l’âge a influencé son agilité, mais ajoute que le courte piste a contribué à améliorer sa concentration, sa maîtrise de la technique et ses capacités physiques à l’effort.
Dans leur entourage, l’intensité et la fréquence de leur activité sportive surprennent. Comme les groupes de maîtres ne bénéficient pas de subventions sportives ni de tarifs réduits, Jules, Yves et Gaétan doivent se lever aussi tôt que 5 h 30 pour aller patiner à l’aréna. Et pendant que beaucoup de gens de leur âge « restent assis dans des chaises berçantes à faire des mots croisés », eux font du patinage de vitesse sur courte piste et sur longue piste, et des marathons de glace. « Pour nous, c’est normal d’aller patiner 25 km un matin, c’est notre mode de vie. Mais quand tu parles à monsieur et madame Tout-le-monde, on n’est pas normal! », s’amuse Jules. Cependant, il ajoute avec candeur que « c’est le fun, des fois, faire des choses un peu extraordinaires ».
Cela va sans dire, ces trois phénomènes accomplissent réellement des exploits formidables!